Ô toi, Gépéèsse
Toi qui m’accompagnes dans mes vadrouilles.
Toi qui me suis et me précèdes.
Toi qui me perds. Qui me cherches en tournant en rond, quand tu me perds.
Sans te fatiguer. Sans désespérer. Tu me retrouves rapidement. Quand je sors d’une forêt, quand je débouche sur une (un peu) plus grande route, quand un signe de civilisation apparaît à un contour. Sans broncher, tu te remets à ta tâche.

Toi ma Gépéèsse. Oui, tu es une. D’une voix indubitablement féminine.
Je ne t’ai pas donné de nom.
Parfois tu as un peu d’avance. Tu ne comprends pas que je n’aie pas encore tourné à gauche. Ou à droite. Ou dans la quatrième sortie du rond-point. Je t’appelle alors « ma petite chérie ». Pour pas que tu t’en fasses, pour que tu sois rassurée. Par contre, quand tu débloques, tu reçois un nom d’oiseau. Celui qui me passe par la tête. Ou même plusieurs à la suite.
Je me suis habituée à toi, Gépéèsse. Chaque matin, il nous faut un petit moment. Qu’on se retrouve. Toi, que tu me distingues depuis ton nuage. Moi, que je comprenne comment tu fonctionnes. Par où tu as décidé de passer. À partir de quelle direction. Avec quelle vitesse. Auras-tu la même gauche que moi ? Décideras-tu de prononcer les nombres comme des nombres ou me diras-tu de prendre la « Détroisunquatrebéièss » ? Se pourrait-il que tu veuilles ce jour-là compter l’entrée dans le giratoire comme une sortie ?

Car contrairement à ce qu’on pourrait penser, tu n’es pas toujours la même.
Tu te laisses parfois influencer par ta collègue de bureau. Ta collègue Dgipièss. Tu vois qui ? Tu changes ton accent : « Dhan forty meters tourrney a guôche siurr di twenty ». Heureusement pour mes oreilles, son influence ne dure jamais longtemps. Tu t’en rends vite compte.
Aux abord des villes, tu ne te sens plus. La tête te tourne. Dans une direction, une autre. Tu ne sais plus où tu veux aller. Tu dis n’importe quoi. Tu te plais aux demi-tours.

Mais le pire, c’est quand tu m’annonces que je dois continuer sur la même route pendant plusieurs dizaines de kilomètres. Ton annonce faite, tu te tais. Et tu me manques…