Mon cher Jules,
Tu m’accorderas cette familiarité. Qu’est-ce que tu veux, j’ai été éduquée avec une certaine bande dessinée ; j’ai l’impression de te connaître depuis toujours.
Mon cher Jules donc,
Me voici sur tes traces. Celles qui t’ont mené en Gaule. Non pas à l’époque où « toute la Gaule est occupée par les Romains ». Pas non plus tout à l’ouest, là où se trouve « un village peuplé d’irréductibles Gaulois ». Je me rends chez les Mandubiens, les Éduens et les Arvernes. Tu te souviens ? Vercingétorix, Bibracte, Gergovie (« J’ai fait la guerre, moi, Môssieur. J’étais à Gergovie, moi, Môssieur !!! »). Et Alesia ? « Ch’est quoi Alegia ? Hmm ? Qu’eche que vous lui voulez à Alegia ? Nous ne chavons pas où ch’est Alégia ! ».

700 ans avant toi, Romulus a tracé le pourtour d’une nouvelle ville et lui a donné son nom. 700 ans après, tu cherches à agrandir et consolider le territoire sous le contrôle de Rome. Sous ton contrôle : avec Pompée et Crassus, tu règnes sur la République romaine.
Tu accomplis ta tâche avec succès. Quand Suétone écrit ta biographie – 150 ans après ta mort – il relève des chiffres impressionnants :
- 9 ans seulement pour conquérir un territoire étendu sur environ 3’200’000 pas (de légionnaire romain) ;
- un tribut annuel de 40’000’000 de sesterces ;
- la 1re attaque contre les Germains au-delà du Rhin ;
- la 1re attaque contre les Bretons ;
- et seulement 3 batailles perdues.
Mon cher Jules,
Il n’y a rien à redire. Tu es un pro !
Après la victoire des Éduens et de leurs alliés à Gergovie, tu ne t’es pas laissé abattre. Car contrairement à ce que tu prétends, ton armée a subi de lourdes pertes. Tu t’es fait piéger. Mais ça, il ne faut pas le dire. Cela arrive à tout le monde, même aux pros.
Quand, depuis ton camp en face de l’oppidum d’Alésia, tu vois que Vercingétorix a appelé des renforts, tu te dépêches de construire un second mur d’enceinte. Et ça c’est vrai. Napoléon l’a prouvé.
Tu sais toujours trouver du fourrage pour tes soldats et leurs montures. Même en territoire ennemi, tu trouves des alliés.
C’est probablement dû à ton don d’ubiquité. Tu sais de quoi je parle. Tu l’emploies dans ton commentaire de la guerre des Gaules. Il te permet de rendre compte de tout ce que Vercingétorix dit à ses hommes. Tu es dans sa tête. Tu penses en Éduen. Tellement bien que personne d’autre n’a eu besoin d’en témoigner.
Mais mon cher Jules,
Sur tes traces, je m’interroge. Tes ennemis gaulois sont-ils vraiment si novices dans l’art de la guerre ? L’armée romaine est-elle vraiment si prodigieuse ? Sans parler de toi. Je m’abstiendrai.
Regarde les restes de vaisselle, de bijoux, d’armes que les archéologues retrouvent. Même si tu ne veux pas l’admettre, les Mandubiens, les Éduens, les Arvernes et tous les autres ont plus d’un tour dans leur sac.
J’ai visité ce qu’il reste d’Alésia, de Bibracte et de Gergovie. J’ai été impressionnée. À chaque fois des lieux admirables pour construire une ville.
- En hauteur.
- Tout autour des falaises naturelles, un rempart infranchissable.
- Seulement quelques voies d’accès, bien délimitées.
- Un panorama imprenable sur 360 degrés.

Tu as bien fait de ne pas raser les lieux, de garder l’endroit pour y faire prospérer une nouvelle civilisation – gallo-romaine.
Mais fallait-il vraiment massacrer tant d’hommes (et de femmes) pour ça ? Je sais, c’est le principe.
Les reconstitutions des musées finissent par me donner la nausée. Je préfère reprendre ma route. A travers les collines, les forêts, les champs, les villages de Bourgogne et d’Auvergne ; sur les différentes départementales, en-dessus des vieilles routes romaines, en-dessus des anciennes voies gauloises.
Vale !
***
Astérix et le bouclier Averne
Suétone, Vie de César 25
César, Guerre des Gaules (en particulier livre 7)