L’espoir en cadeau

Il était une fois une belle jeune femme.
Elle est heureuse ; elle resplendit. Elle vient de se marier. Un beau mariage. Une grande fête, de nombreux invités, des chants, des danses, du vin, de la nourriture à profusion.
Son mari, Epiméthée, est comblé. Les dieux lui font un magnifique cadeau : ils lui accorde une merveilleuse épouse.

Mais l’histoire ne continue pas par « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ».

En grec, Epiméthée est celui qui apprend et comprend après coup. Et c’est bien ce qu’il fait : dès qu’il aperçoit la beauté de la jeune femme qui se tient devant lui, il ne pense plus qu’à une chose : l’épouser ! L’épouser le plus vite possible. Il ne veut pas qu’elle lui échappe ; il veut l’avoir pour toujours.

La tête prise par ces pensées, Epiméthée oublie le conseil de son frère Prométhée.
Prométhée, lui, apprend et sait par avance.
Il conseille à Epiméthée de ne jamais accepter un cadeau des dieux ; il sait que les hommes n’en retirent que des misères.

L’histoire donne raison à Prométhée : la jeune femme est un vrai cadeau divin.
Avec un mélange de terre et d’eau, Héphaïstos, le dieu du feu et de la forge, façonne un corps ravissant, semblable aux déesses immortelles. Dans ce corps, il place de la force et une voix humaines. Athéna, la déesse de la sagesse, enveloppe le corps de riches vêtements, qu’elle attache avec une belle ceinture. Elle y ajoute une magnifique parure : des broderies, des colliers en or, merveilleusement ciselés, des couronnes de fleurs printanières.
Une sublime jeune femme apparaît.
Les dieux s’occupent aussi de son esprit. Athéna lui apprend les travaux féminins, comment produire un merveilleux tissu. Aphrodite, la déesse de l’amour, lui insuffle la grâce, afin qu’elle inspire d’ardents désirs. Hermès, l’astucieux messager des dieux, lui remplit le cœur d’audaces et de ruses.
Cette femme s’appelle Pandore : elle est le dôron, le cadeau, de pan, de tout, de tous les dieux.

Pourquoi ce cadeau ? Zeus, le roi des dieux, l’a ordonné.
Pourquoi cet ordre ? Prométhée a trompé Zeus.
Prométhée aime les hommes. Il veut les aider. Pendant longtemps, les hommes ne disposent du feu que lorsque l’éclair de Zeus s’abat sur terre. Prométhée leur apporte des braises dans une branche creuse. Il leur apprend à ne pas les laisser s’éteindre.
Mais Prométhée agit contre la volonté du roi des dieux. Zeus décide de se venger.

L’histoire raconte aussi comment s’accomplit la vengeance de Zeus.

Un jour, Pandore aperçoit au fond de la maison une jarre. Curieuse, elle s’en approche. Elle prend le couvercle de ses deux mains ; elle le soulève. Un tourbillon jaillit ! Pandore est surprise. Elle repose vite le couvercle. Mais elle n’est pas assez rapide : une tornade de maux, de peines, de maladies, de tristesses, de douleurs s’échappe. Jusqu’à ce moment, les hommes vivaient sans jamais ressentir de fatigue, sans jamais souffrir. Mais ceci est de l’histoire ancienne. En un instant, tout ce qui est pénible, difficile, pesant, épuisant, affreux, atroce, mauvais se déverse sur la terre. Tout cela remplit la mer, tout cela tournoie dans les airs. Désormais, ça existe. De jour comme de nuit. Toujours.

Pandore referme vite la jarre. Heureusement. Quelque chose y reste. Quelque chose qui est toujours là, à disposition, dans toutes les jarres, dans toutes les maisons. Il ne s’envolera jamais.
L’histoire le nomme elpis : l’espoir.