Il était une fois, chante Hésiode, une fois il y a très longtemps, un monde sans hommes.
Il n’y a encore rien. Rien du tout. Rien qu’un espace vide. Que du vide qui s’étend à perte de vue, un abîme de vide infini.
Cela dure jusqu’à ce qu’un jour – va savoir pourquoi – différentes entités apparaissent. D’abord la terre, ensuite la nuit et la lumière, l’air puis l’eau, l’eau douce et l’eau salée, avec le ciel qui couvre le tout. L’amour aussi apparaît : ce nouveau monde doit se peupler, les générations se succéder.

Même avec l’amour, on est loin d’un paradis. Un monde avec seulement du beau, seulement du gentil serait invivable. Il ne tiendrait pas ensemble, il serait déséquilibré.
Dans le sillage de la nuit, apparaissent le sommeil et la mort ; puis la querelle. Et la querelle engendre tout ce dont vont souffrir plus tard les hommes : la peine, l’oubli, la faim, la souffrance.
Même équilibré, ce monde est toujours loin d’un paradis. Il faut du changement, que les cycles se renouvellent. Chaque dieu est prêt à tout pour se faire une place. Des conflits éclatent. Les plus jeunes ne veulent plus subir la loi de leurs aînés. C’est à leur tour d’être les maîtres.
Chez les dieux, tous les coups sont possibles et permis : on s’émascule, on s’étripe, on se calcine, on s’ensevelit parmi ; sans regret ni remords.
Mais pas indéfiniment non plus. Le vide finirait par revenir ; les hommes n’existeraient jamais.

Après une violente guerre, les petits-enfants de la terre et du ciel s’imposent, les petits-enfants de Gaia et d’Ouranos comme Hésiode les appelle en grec. Zeus est l’un d’eux. Depuis, au sommet du mont Olympe, trône, entouré de ses frères, ses sœurs et de leurs enfants.
Zeus est le dieu de l’éclair. Pour s’exprimer, il gronde, il tonne ; sa foudre éclate.
Les autres dieux ne sont pas en reste. Mais Zeus veut s’assurer un règne éternel. Il a besoin d’une alliée. Il choisit Métis.
Pas de longues discussions, aucune cérémonie : Zeus avale Métis. Comme ça, d’un coup.
Le choix de Zeus est réfléchi : Métis est l’intelligence rusée ; de tous les dieux et de toutes les déesses, elle est celle qui détient le plus grand savoir. Avec Métis en lui, Zeus enrichit son pouvoir d’une immense habileté. D’une ingéniosité aussi : il devient plus sage.
Plus personne n’en doute : Zeus est le roi des dieux et le maître du monde.